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L'avis des experts

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Devenir franchisé n’est pas plus sûr que de créer une entreprise indépendante
Ancien franchisé, Rodolphe Galy-Dejean est le fondateur de FranchiseLab.

Par M. Rodolphe GALY-DEJEAN, ancien franchisé

L'auteur, ancien franchisé  - et délégué général d'une association cherchant à les regrouper quel que soit leur réseau - s'appuie sur des études américaines pour asseoir son affirmation. Etudes selon lui plus fiables que les enquêtes françaises existantes car reposant sur des données financières objectives. M. Galy-Dejean encourage toutefois les entrepreneurs à rejoindre une franchise, mais en se montrant vigilant au moment du choix...

La franchise bénéficie, dans les pays anglo-saxons tout comme en France, d’une large promotion au travers notamment des sites et des magazines de la presse spécialisée. Certains arguments de cette promotion sont fondés sur des affirmations comme celle selon laquelle devenir franchisé est plus sûr que de créer une entreprise indépendante.

Aux USA, des études basées sur l’analyse de données financières ont été menées. Suite à ces études, des voix, tout en reconnaissant la pertinence du modèle de distribution qu’est la franchise, se sont élevées pour dénoncer le caractère erroné de ces affirmations.

En 2002, une étude réalisée en interne par la SBA, agence gouvernementale américaine chargée de garantir les prêts accordés aux entreprises (franchisées ou indépendantes), conclut :
"Une opinion communément admise (…) veut que les franchisés réussissent beaucoup mieux que les entrepreneurs indépendants. Les résultats de notre étude (…), ne permettent pas de supporter cette opinion plus longtemps. (…) Les services internes de la SBA doivent prendre des dispositions afin que cette affirmation n’apparaisse plus sur aucun des documents imprimés ou numériques émis par la SBA."

En mai 2005, Matthew Shay, président de l’IFA (International Franchise Association), écrit dans une lettre adressée aux franchiseurs qui ont développé des réseaux locaux et à l’international et qui sont membres de l’association : "Nous sommes particulièrement préoccupés par des informations affirmant que le taux de réussite des entreprises franchisées est beaucoup plus élevé que celui des entreprises indépendantes."  Par la suite, Monsieur Shay reconnaît que ces informations sont "désuètes et potentiellement trompeuses" et exhorte les franchiseurs à bannir de leur communication "tout argument marketing fondé sur ces informations".

En 2005, Roger D. Blair et Francine Lafontaine, deux éminents professeurs d’économie publient un ouvrage intitulé “The Economics of Franchising” (Les aspects économiques de la franchise) aux éditions Cambridge University Press. Les auteurs consacrent le chapitre 2 du livre à "Quatre fausses idées très répandues sur la franchise". Ils démontrent notamment l’absence de fondement de l’idée selon laquelle se lancer en franchise est beaucoup plus sûr que de créer son entreprise en solo et expliquent en ce que cette idée a de pernicieux.

En 2007, la société FRANdata dans une étude commandée par l’IFA (L’Association Internationale de la Franchise) constate qu’en moyenne les entreprises franchisées ont plus de difficultés à rembourser leurs emprunts que les entreprises indépendantes.

Conclusion
Chercheurs et autorités américaines ont, depuis plusieurs années, constaté et reconnu que devenir franchisé n’est pas plus sûr que de créer une entreprise indépendante. Selon nous, ce constat est généralisable à tous les pays dans lesquels la franchise se développe, et en particulier à la France, en dépit de ce que prétendent les autorités françaises.
Pourquoi les autorités françaises et américaines ne partagent-elles pas la même analyse ? Parce que leurs études ne sont pas basées sur les mêmes types de données : les américains travaillent sur des données financières (objectives) quand les français travaillent à partir de sondages d’opinion, dont les interprétations sont beaucoup plus contestables.
Quoiqu’il en soit, cette nouvelle ne doit pas décourager les aspirants franchisés, elle doit seulement les inciter à choisir avec beaucoup de prudence le réseau qu’ils veulent rejoindre. En effet, l’amateurisme, l’incompétence et la malhonnêteté de certains franchiseurs est en grande partie responsable de ce constat paradoxal.

Jean-Pierre PAMIER / 1 septembre 2010
En France, des chiffres officiels existent. Ils ont été publiés et commentés par la DCASPL la Direction du Commerce - c'est-à-dire par Bercy- en novembre 2008 dans un numéro de "PME/TPE en bref", une publication du Ministère du commerce, à partir de trois enquêtes réalisées par l’INSEE en 1998, 2002 et 2006.
La DCASPL relevait notamment dans ce document que "Parmi les entreprises créées en 2002, 72% des franchises et coopératives (avaient) toujours une activité économique trois ans plus tard, contre 66% des entreprises créées en dehors d’un réseau." L’auteur des commentaires notait également que "les entreprises appartenant à un réseau" avaient "1,7 fois plus de chances (que les autres) d’atteindre un CA supérieur à 80 000 euros après 3 ans".
Plus récemment, l'Insee vient de publier les résultats d'une enquête qui montre également que beaucoup de franchises pratiquant des "relations contractuelles fortes" permettent de dégager des CA par point de vente supérieurs à d'autres réseaux.
L'Insee n'a pas travaillé à partir d'opinions et n'est pas suspecte de vouloir privilégier telle ou telle forme de création d'entreprises.
Maître Olivier DESCHAMPS / 1 septembre 2010
Cette tribune est intéressante, mais :

1. Elle repose sur un postulat erroné : la franchise "américaine" n’est pas comparable avec ce que nous pouvons constater en Europe. Aux U.S.A. tout ou presque peut-être franchise ; ce qui n’est pas le cas en France.
2. Elle présente une conclusion inutilement polémique : pourquoi invoquer et faire appel de façon blessante à la  "malhonnêteté" ?
Marquons cependant notre accord sur un point fondamental : un candidat franchisé doit se montrer vigilant. 
Mais n’est-ce pas là une qualité indispensable pour un chef d’entreprise ?
JEAN-PIERRE SEGUY, Franchiseur / 2 septembre 2010
Et nous, en France, nous passons notre temps à devoir justifier notre savoir-faire de franchiseurs !
Même la performance, les résultats, l'importance, l'utilité et la parfaite duplication et réitération de l'économie du franchiseur ne le mettent pas en France à l'abri d'avoir à connaître les foudres de juridictions incompétentes.
Peut-on se rappeler que l'avantage d'un contrat de franchisage est qu'il doit comporter une marque, un savoir-faire et une assistance et que franchiseur veut dire "système économique qui accorde le droit d'exploiter une marque, une raison sociale... »
Maître Serge MERESSE / 2 septembre 2010
Il n’est jamais sûr de réussir en franchise comme en toute autre matière. Mais il est certain que la franchise est par nature un réducteur de risques. Le franchiseur doit en effet posséder un savoir-faire préalablement testé avec succès pour permettre au franchisé de réitérer une réussite. La notoriété d’une enseigne et l’efficacité d’un concept renforcent les chances de réussir.
Il ne faut pas confondre les mécanismes vertueux de la franchise avec les dérives dont certains franchiseurs sont responsables. Ces dérives, nous les connaissons pour les combattre depuis 30 ans devant les juges : surévaluation du marché local, comptes d’exploitation erronés, multiplication des ouvertures, concurrence du franchiseur, réduction des marges, formation insuffisante, changement de concept sans tenir compte des différences locales, abus des exclusivités d’achat, augmentation pernicieuse des redevances et autres frais internes…
Pour autant, les fautes de certains ne doivent pas entacher la validité du système. N’oublions pas que le droit d’entrée et les redevances sont le prix payé par le franchisé pour réduire ses risques et que la franchise donne aussi des droits au franchisé qu’un indépendant n’aura pas.
M. Rodolphe GALY-DEJEAN / 2 septembre 2010
L’argument selon lequel les franchises américaine et française ne sont pas comparables n’est pas recevable sauf à l’expliciter. Certes, aux USA, les stations-service, par exemple, sont exploitées par des franchisés. En quoi cela rendrait-il infondée la comparaison entre les systèmes américain et français ?
En ce qui concerne la malhonnêteté, elle existe en franchise comme elle existe dans d’autres secteurs tels que l’immobilier et la finance. Qu’aurait de si particulier le monde de la franchise pour que les escrocs n’y tentent pas leur chance ? Sur le sujet, on peut se reporter à l’article publié dans une revue juridique américaine de renom (The Penn State Law review) dont le titre est « Beguiling Heresy : Regulating the franchise Relationship ».
Pourquoi est-il important de parler des dérives de la franchise ? Pour trois raisons :
1) elles sont une réalité,
2) les nier incite les candidats à moins se méfier : si on sait que le feu brûle, on fait plus attention quand on s’en approche,
3) les obligations réglementaires sont insuffisantes en ce qui concerne la phase précontractuelle et inexistantes en ce qui concerne les relations franchiseur/franchisés. Ce qui laisse aux franchiseurs les moins scrupuleux toute latitude pour abuser de la situation et ce qui doit d’autant plus inciter les (futurs) franchisés à la méfiance.
Il n’en demeure pas moins que l’on s’accordera sur le fait que tous les franchiseurs n’abusent pas du vide juridique qui entoure le monde de la franchise.
M. Rodolphe GALY-DEJEAN / 7 septembre 2010
Le protocole sur la base duquel a été menée l’étude de la DCASPL est très peu détaillé : on est en droit de s’interroger sur l’élaboration des résultats et sur leurs interprétations.
L’étude de l’INSEE porte sur le chiffre d’affaires, critère qui ne reflète pas la performance ou la santé financière d’une entreprise. Un travail sur l’EBE ou sur le résultat d’exploitation eût été beaucoup plus pertinent.
Les études américaines arrivent au même constat bien que menées sous l’égide de différentes autorités (chercheurs indépendants, agence fédérale, société mandatée par la plus grande association de franchiseurs du monde). Cette diversité d’approche ne se retrouve pas dans les études françaises.
Pourquoi en France, les deux organismes garantissant les prêts aux entreprises en général et aux entreprises franchisées en particulier (OSEO et la SIAGI) n’ont-ils jamais publié d’étude similaire à celle de la SBA ? Des chercheurs indépendants français ont-ils évalué la réussite des franchisés comme l’ont fait leurs homologues américains ?
Contrairement à la DCASPL et à l’INSEE, la SBA est directement concernée par les résultats de l’étude de 2002. Les conclusions de l’étude ayant été négatives, elle a réformé ses procédures et pris des dispositions. Ainsi, depuis 2008, la SBA publie chaque année, pour 500 réseaux de franchise, le taux de prêts garantis contractés entre le 01/10/2000 et le 30/09 de l’année écoulée et non remboursés par les franchisés.
Jean-Pierre PAMIER / 8 septembre 2010
Bien sûr les études de Bercy sont partielles et anciennes et mériteraient d'être élargies et renouvelées. Mais elles ont le grand mérite d'exister. Et les commentaires sont assez nuancés pour ne pas être taxés de partialité ! 
Bien sûr l'Insee ne considère "que" les chiffres d'affaires et pas la rentabilité. Mais on ne peut pas, comme vous le faites un peu facilement, considérer que cela est totalement dénué de sens. C'est un début intéressant (et sans grande surprise, favorable à la franchise, vous ne pouvez pas l'ignorer) 
Les études américaines que vous nous présentez sont dignes d'intérêt. Et nous pourrions tous souhaiter en effet qu'en France de semblabes données soit publiées, avec des résultats sur les EBE réalisés secteur par secteur, enseigne par enseigne, pourquoi pas. (On peut rêver !)
En attendant - et c'est là la faiblesse de votre intervention - : rien ne prouve qu'en France les tendances constatées aux USA en la matière se retrouveraient à l'identique. Entre autres, comme cela a déjà été dit, parce que la franchise ne recouvre pas la même réalité ici et là-bas.
Résultat : vous accusez sans preuves. Vous semez le doute sur l'efficacité, la rentabilité et la pertinence de l'ensemble de la franchise française. Et, ce faisant, vous la déconsidérez, toutes enseignes confondues. Ce qui est pour le moins excessif.
Même si, en effet, les candidats doivent être vigilants sur ces questions (comme sur bien d'autres) avant de signer leur contrat.
M. Rodolphe GALY-DEJEAN / 9 septembre 2010
Je ne peux pas vous suivre quand vous dîtes que "rien ne prouve qu'en France les tendances constatées aux USA en la matière se retrouveraient à l'identique". En effet, le taux de survie des franchiseurs a fait l’objet d’études aussi bien en France qu’aux Etats-Unis. Et les résultats de ces études sont convergents.
Dans la synthèse de leur étude intitulée "Survival of Franchising Networks in France from 1992 to 2002" les deux chercheurs français, Rozenn PERRIGOT et Gérard CLIQUET, écrivent : "Des recherches antérieures ont montré que le taux de survie des franchiseurs aux USA et en Angleterre était faible. Notre étude a confirmé que le taux de survie des franchiseurs en France était du même niveau. Ainsi sur 952 réseaux de franchise étudiés entre 1992-2002, seulement 42.13 % ont survécu."
Si le taux de survie des franchiseurs US est comparable au taux de survie des franchiseurs français, on est en droit de faire l’hypothèse qu’il en est de même du taux de survie des franchisés.
Jean-Pierre PAMIER / 9 septembre 2010
Il est vrai qu'un nombre significatif de jeunes réseaux ne passe pas le cap des 10 unités, ni des 3 ans...
En général parce qu'ils ne respectent pas les règles de la franchise (pas de vrai concept pertinent, voire pas d'unité pilote, pas de rentabilité et donc de réussite à réitérer, pas de moyens humains et financiers pour le développement,  pas de savoir-faire, pas de services aux franchisés)
Oui, avec ces réseaux-là, il y a un risque comparable à la création d'entreprise en solo. C'est d'ailleurs le raisonnement des banquiers.
Mais dans les réseaux qui pratiquent réellement la franchise dans les règles, qui survivent aux premières difficultés - et qui entrent dans le champ des statistiques sur les chiffres d'affaires - , les chances de réussite sont bien supérieures à celles des indépendants isolés. 
Il est inexact de prétendre de façon générale que "devenir franchisé n'est pas plus sûr que de devenir indépendant". Encore une fois, c'est aux candidats franchisés de se renseigner et de savoir choisir !
Nous essayons pour notre part de les y aider.
M. Eric SCHAHL / 9 septembre 2010
En lisant le commentaire de Mr Galy-Dejean je me demande si les pourcentages qui sont cités (et qui visiblement correspondent à un ratio par rapport au nombre de franchiseurs) seraient les mêmes si l'on prenait en compte le chiffre d'affaires générés par lesdits réseaux ?

Mme Rozenn PERRIGOT / 10 septembre 2010
L'étude intitulée "Survival of Franchising Networks in France from 1992 to 2002" dont je suis co-auteur et dont j’ai présenté les principaux résultats lors de la conférence de l’International Society of Franchising à Orlando (USA) ne permet en aucun cas de traiter la question soulevée ici, à savoir "Devenir franchisé est-il plus sûr ou moins sûr que de créer une entreprise indépendante ?".
En effet, dans cette étude ainsi que dans ma thèse de doctorat dont est issu cet article, je m’intéressais à la survie des réseaux de franchise en fonction de leurs caractéristiques (taille, âge, mixité, etc.). Je n’ai pas comparé la survie des unités franchisées à celle des entreprises indépendantes.
En outre, je pense qu’il est dangereux de 1. faire des généralisations quant aux pratiques des franchiseurs français et américains, 2., comparer la franchise en France à la franchise américaine. C’est un sujet sur lequel je travaille actuellement et des différences significatives entre ces deux marchés émergent des premières analyses.
En conclusion, à mon sens, le monde de la franchise reflète la société dans son ensemble, avec des personnes "sérieuses" et des personnes "moins sérieuses". Et je suis convaincue, en tant que fille de franchisés et menant des études sur la franchise depuis plus de dix années, que rejoindre un réseau doté d’une enseigne reconnue et d’un savoir-faire substantiel offre, dans la majorité des cas, davantage de perspectives que de créer son entreprise indépendante.
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