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Partenariat Gitem-Boulanger : vive le consommateur !

Par Maître Hubert BENSOUSSAN, avocat à la Cour d'Appel de Paris, membre du collège des experts de la FFF

Stratégie, publié le 13 mai 2008


Auteur du "Droit de la franchise", aux éditions Apogée
Le récent rapprochement intervenu entre une coopérative - Gitem - et un groupe concurrent succursaliste - Boulanger - peut paraître "contre nature"... Et soulève des questions en termes de liberté de la concurrence. Même si, pour l'auteur, le consommateur restera bien l'arbitre...

Le groupe coopératif Euronics France qui regroupe 350 adhérents à l’enseigne GITEM, vient de céder 35 % de sa filiale achats et logistique, Logitec, au groupe BOULANGER. Dans ce cadre, Logitec a donné à son associé - et concurrent - un mandat exclusif à l’achat. Désormais, la centrale d’achat du groupe BOULANGER, succursaliste, doit négocier le référencement, les conditions générales, les accords cadre, et les conditions de garantie pour les deux enseignes à l’exception d’une centaine de points de vente regroupés au sud de la France.

Rappelons que le système coopératif met en présence la coopérative, tête de réseau sans obligation de savoir-faire (à la différence de la franchise), au service de ses actionnaires exclusifs, les coopérateurs. Ces derniers exploitent leur commerce de manière indépendante, avec une assistance, une signalétique et un approvisionnement de la coopérative plus ou moins marqués suivant les réseaux.

C’est la loi du 10 septembre 1947, plusieurs fois actualisée qui régit les sociétés coopératives. Leur objet essentiel est le suivant:
- réduire au profit de leurs membres le prix de revient de leurs produits et services (qui sont à la fois commerçants indépendants et actionnaires de la coopérative) ;
- en améliorer la qualité marchande ;
- contribuer à la promotion des activités économiques de leurs membres ainsi qu’à leur formation.

Il en ressort qu’à la base, le but de la coopérative est avant tout, grâce à la solidarité de ses membres,
l’amélioration de chaque unité de vente contrôlée par le commerçant indépendant qu’est le coopérateur. Ainsi a-t-il été jugé qu’un groupement ayant de simples fonctions financières et de représentation aux organes délibératifs d’une SA ne pouvait être un groupement coopératif.

Le rapprochement susvisé est étonnant en ce que ce ne sont plus exclusivement les efforts communs de chaque membre, mais ceux conjugués avec une société concurrente qui permettent d’optimiser les conditions d’achat…

La notion de solidarité entre associés inhérente à la coopérative est couplée avec la volonté de profit d’un réseau concurrent qui n’a pas vocation à travailler en solidarité… Pourtant, l’achat, désormais réalisé par le groupe BOULANGER est un élément crucial du fonctionnement de l’activité exercée par GITEM (image, son, multimédia, électroménager). C’est au nom d’un intérêt commun incluant le consommateur, que semble s’être réalisée l’opération où cohabitent deux modes de fonctionnement d’esprit différent. L’un, coopératif, où doit primer l’intérêt de chaque adhérent voire, l’autre succursaliste, où l’intérêt financier du groupe est primordial.

Opération sans doute intéressante pour les deux acteurs. Toutefois, dans un climat hautement concurrentiel, on peut se demander si la connaissance des conditions d’achat par un concurrent, fut-il positionné différemment, ne fausse pas la concurrence. Dans les réseaux de distribution, le bon acheteur est roi. Côté GITEM, il y aura plein de petits rois. En théorie, on peut imaginer dans certaines régions un coopérateur GITEM en compétition avec un point BOULANGER proche. La possible connaissance par l’un des conditions d’achat de l’autre pourra favoriser des politiques marketing agressives et des prix de revente des produits fort bas. Après tout, pourquoi pas, mieux vaut cela qu’une entente – illicite - entre eux allant au-delà de l’achat des produits, et vive le consommateur !
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