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Un contrat de franchise est une arme à ne pas mettre entre toutes les mains !

Par M. Gilbert MELLINGER, conseil en développement de réseaux

Stratégie, publié le 20 août 2008


Gilbert Mellinger est président d'Epac International
Conseil en développement de réseaux, le président d'Epac International pousse un "coup de gueule" contre la pratique consistant à vendre des contrats de franchise à des candidats franchiseurs qui n'ont pas encore d'unité "pilote" et n'ont donc pas encore fait la preuve de leur réussite, mais s'apprêtent déjà à recruter des franchisés...

Nous venons d'être consultés par une ancienne franchisée d’un réseau de soutien scolaire en redressement judiciaire. Elle venait de déposer le bilan après seulement 9 mois d’activité. Elle est divorcée, elle a un garçon de 13 ans, elle a investi toutes ses disponibilités et s’est endettée à hauteur de 130 000 €, pour s’apercevoir que le concept, américain à l’origine et qui connaît beaucoup de succès aux USA, n’avait pas été adapté à la France.
Le franchiseur n’avait pas de pilote, le franchiseur n’avait pas démontré le succès potentiel du concept en France …. Mais il avait un contrat de franchise qu’il a fait signer à une vingtaine de franchisés, dont la plupart sont dans une situation comparable à celle de notre visiteuse.

La semaine précédente nous avons vu dans notre cabinet 4 candidats franchiseurs. Les secteurs d’activité étaient très différents : la beauté et le bien-être, la décoration, la restauration rapide, la formation continue. Ils avaient un point commun : un concept attrayant et original… sur le papier. Ils avaient aussi d’autres points communs : une absence totale de pilote, une absence totale de preuve de succès, une absence totale de manuel opérationnel !
Mais tous étaient en possession d’un contrat de franchise et d’un semblant de DIP (Document d'information précontractuelle) Deux d’entre eux menaient déjà des négociations avec des candidats franchisés.

Les points communs entre ces 4 candidats franchiseurs et la franchisée malheureuse évoquée plus haut ? Pas de pilote digne de ce nom qui aurait dû démontrer le succès du concept, mais un contrat de franchise qu’ils sont prêts à dégainer !

Moralité 1: quand un candidat franchiseur a un contrat de franchise, il s’en sert.

Moralité 2: il ne faut donner un contrat de franchise qu’à des candidats franchiseurs qui sont de vrais futurs franchiseurs, ceux qui ont prouvé le succès potentiel de leur concept en France, comme cela est exigé par le Code de Déontologie Européen de la Franchise.

Moralité 3 : les conseils doivent mettre un point d’honneur à vérifier le point décrit dans la moralité 2. Leur responsabilité, au moins morale, est largement engagée.

Moralité 4 : si les conseils ne respectent pas le point décrit à la moralité 3, ils mettent des familles entières en danger économique et ils mettent aussi en danger la franchise elle-même.

La franchise est la duplication d’un succès avéré. Il ne faut jamais l’oublier. Ce point, au moins, est facile à vérifier. Un point que les conseils, concepteurs de contrats de franchise, tout comme les candidats franchisés devraient impérativement examiner avec attention. Les premiers avant de donner un contrat à un candidat franchiseur, les seconds avant de le signer !

Vos réactions :

Jean-Pierre Seguy, Franchiseur / 21 août 2008 à 10:00
Enfin quelqu'un qui soulève le véritable problème de la franchise, à savoir le rôle des "gribouilles" qui gravitent autour de cette économie pour en retirer de substantiels bénéfices au détriment, pour eux, de la morale.
Beaucoup d'ailleurs, sous couvert de l'honorabilité du port de la robe noire.
Qui est le plus responsable ?
Celui qui cherche à entreprendre (franchiseur ou franchisé) et qui envisage de créer une économie, ou celui qui devrait détenir la science du droit et qui établit et rédige ce type de contrat décrit par M. Mellinger ?

 
M. Pascal H. LAMBERT / 11 septembre 2008 à 15:43
Pascal H; Lambert
DMS Franchise Expert

Merci à Gilbert Mellinger pour ce "Coup de gueule"...auquel je me joins.

Le contrat de franchise ne fait pas le franchiseur.
La franchise c'est d'abord du business et non pas du juridique.
Un business "successful" avec pour son dirigeant, un retour d'expérience inscrit dans la durée qui lui a permls de gommer les imperfections, de peaufiner son concept, de prendre du recul et de vérifier qu'il existait un marché national.
Le moment venu, quand le modèle économique du franchisé et celui du franchiseur seront stabilisés et que l'organisation fonctionnelle du futur réseau sera définie, alors on pourra formaliser les obligations du franchisé et du franchiseur dans un contrat.
Commencer par le contrat, c'est commencer par la fin !

Subsidiairement... :
Que les franchiseurs virtuels décrits par Gilbert Mellinger possèdent un contrat de franchise ne signifie pas forcément qu'ils l'ont fait réaliser par un avocat ou un conseil, hélas !
Car nous voyons des contrats qui ne sont que la copie de contrats de franchise que se sont habilement procurés ces franchiseurs virtuels.. et parfois réels aussi.
Thierry Rouyer, Internaute / 25 septembre 2008 à 11:13
Je souhaite rebondir sur "le franchiseur n'avait pas de pilote".. Mais, comment peut-on en arriver là et que certaines personnes signent ces contrats de franchises ?
Il faudrait que tous les experts et la F.F.F. parlent le même langage car c'est très loin d'être le cas
PAS DE PILOTES/PAS DE CONTRAT DE FRANCHISE/PAS DE FRANCHISEUR.
exemple : l'age d'or services + 140 franchisés, aucun pilote, membre de la F.F.F. et aucun franchisé n'a le même modèle économique car chacun a le choix parmi une vingtaine de services.
conclusion : on trouve dans ces franchises un turn over très élevé sans que personne ne se pose de questions car l'investissement est modeste au départ, les franchiseurs prennent au passage droit d'entrée, formation et divers prestations, merci, au suivant.
Jean-Pierre Pamier, Journaliste / 30 septembre 2008 à 13:51

Je voudrais répondre à Thierry qu'il faut bien s'entendre sur ce que signifie le terme de "pilote" en franchise et en quoi cela a une importance pour les futurs franchisés.
Un franchiseur qui veut se lancer et commencerait à recruter des franchisés sans avoir expérimenté son savoir-faire dans au moins un pilote n'est pas sérieux. Les candidats à la franchise n'ont pas à contracter avec lui. Ils risqueraient de faire les frais de son inexpérience.
En revanche, un réseau type Age d'or Services, créé depuis de longues années, testé et re-testé n'a pas forcément besoin de prouver à nouveau son savoir-faire à travers un pilote ou même des unités en propre.
C'est mieux quand il y en a. Les experts estiment même qu'une proportion d'un quart de succursales est utile dans un réseau de franchise (pour tester les virages stratégiques par exemple). Mais ce n'est pas obligatoire.
Et il ne faut pas tout mélanger : si certains faux franchiseurs font encore la course aux droits d'entrée, c'est loin d'être le cas de tous !
Quant au turn-over de l'enseigne que vous citez, il ne semble pas spécialement élevé au vu des chiffres communiqués par l'enseigne, puisque le parc est en progression nette et régulière depuis 5 ans au moins, comme vous pouvez le constater sur ce même site.
Voir page :
 http://www.franchise-magazine.com/annuaire/age-d-or-services-736.html
 

Bernard-Yves Saint-paul, Consultant / 2 octobre 2008 à 18:53
Et si le problème venait du non contrôle de la validité d’une enseigne par un organisme certificateur ?Dans de nombreux cas, le candidat franchisé est un néophyte dans le métier de chef d’entreprise tout autant que de juriste. Comment vérifier les informations qui circulent sur les sites vitrines de la franchise ? Les prescripteurs de la franchise ont une lourde responsabilité dans la mise en relation entre candidats franchisés et pseudo-franchiseurs comme décrit ci-dessus !!
Trop de sites Internet permettent à n’importe qui d’annoncer n’importe quoi, sans effectuer de suivi, sans donner d’éléments de comparaison sur plusieurs années, sans chercher à mesurer le turn-over, ni faire une enquête pour savoir combien de sociétés tel ou tel pseudo-franchiseur a liquidé auparavant.
Parfois, même informés que leur client est un escroc, certains ferment les yeux dans l’attente d’une hypothétique décision de justice. Même certaines enseignes membres de respectables institutions constituent parfois de véritables pièges pour des quadras en recherche d’un nouveau souffle. Plus particulièrement dans l’informatique ou le conseil.
Un grand ménage doit avoir lieu pour redonner ses lettres de noblesse au terme de « franchiseur ». Pour développer sa notoriété et trouver des candidats un franchiseur passe obligatoirement par ces intermédiaires. Il serait très simple de mettre des filtres de validation obligatoires entre les deux…Qui serait perdant à plus de transparence ? Le débat est ouvert.
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