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      Franchise et passion : un mariage de raison ?

      Dernière mise à jour le 15 octobre 2021

      Allier l’utile à l’agréable en se lançant, en franchise, dans une activité qui soit aussi un hobby ? Oui, à condition de bien placer le curseur entre passion et raison. Gare, sinon, aux déconvenues.

       

      Franchises-InterCavesC’est leur soif d’indépendance a conduit Isabelle Brunie et Sébastien Mormin à Franchise Expo, en 2013. Mais c’est bien leur passion commune pour le vin qui les a poussés à rejoindre l’enseigne Inter Caves. Elle aussi, estiment-ils, qui leur a permis de fidéliser, en dépit de leur âge (30 ans à peine chacun à l’époque !), la clientèle de leur magasin ouvert à l’été 2014. Et finalement de réussir leur seconde vie professionnelle sous la casquette de cavistes.

      L’exemple du jeune couple n’est guère isolé et nombreux sont les entrepreneurs parvenus à faire de leur dada leur métier grâce à la franchise, à l’affiliation, la concession ou encore la coopérative. Ces systèmes le permettent, en offrant aux aspirants créateurs un cadre rassurant dans lequel s’épanouir.

      La franchise peut offrir aux passionnés un cadre rassurant dans lequel s’épanouir

      Pour autant, des témoignages rappellent aussi que si l’attrait pour le produit ou le service que l’on va vendre est nécessaire, il ne représente pas l’assurance d’un démarrage facile. Julien Meune était pilote chevronné et mordu de deux-roues lorsqu’il a décidé de rejoindre le réseau Doc’Biker, en 2013. Pas suffisant pour convaincre Hauts-de-Seine Initiative de l’aider, alors, à financer son projet d’ouverture d’un centre à Montrouge, l’association de développement économique locale lui reprochant de ne pas avoir son brevet de mécanicien. Heureusement, le franchiseur saura lui voir au-delà, et le candidat mettre toutes les chances de son côté en appuyant sur sa formation initiale. « Elle est de deux mois minimum chez Doc’Biker ; j’ai préféré pousser jusqu’à trois pour en apprendre le plus possible », raconte-t-il. C’était il y a quatre ans. Aujourd’hui, son centre de réparation rapide est sur les rails et Julien Meune envisage d’en ouvrir un second.

      « Dans certaines activités réunissant une communauté de passionnés, avec leurs codes, leur langage, comme la moto, mais aussi le jeu vidéo, ou encore certains loisirs sportifs, la passion est sans doute un prérequis à la réussite. Est-elle pour autant suffisante ? Je ne pense pas », analyse Rose-Marie Moins, directrice de la Promotion et de la Professionnalisation à la Fédération française de la franchise (FFF).

      Les critères de recrutement des enseignes le confirment.Franchise-DocBiker Doc’Biker recherche bien des candidats « appréciant le deux-roues »… mais ajoute qu’ils doivent être « gestionnaires, rigoureux, honnêtes et courageux ». Comme on pouvait s’y attendre, le réseau dédié au nautisme Uship cible des entrepreneurs « pratiquant le bateau et dotés de solides notions techniques »… mais surtout d’une vraie « fibre de commerçant ». Game Cash, de son côté, évoque parmi les qualités requises pour rejoindre son réseau,  « la rigueur, l’écoute et l’ouverture d’esprit »… mais guère la passion pour le jeu vidéo, pourtant son fonds de commerce.

      La sensibilité à l’univers automobile est-elle requise pour rejoindre Norauto ? « Elle est préférable, mais pas essentielle, répond quant à lui Fabrice Flamand, directeur du développement et du recrutement des franchisés du réseau. Il convient davantage, pour un futur adhérent de développer une grande qualité de contact, à la fois avec les clients et les équipes de son centre-auto. Un entrepreneur Norauto, qui travaille généralement avec 8 à 10 collaborateurs, est un véritable chef d’orchestre qui doit aussi, par ses aptitudes relationnelles, trouver sa place dans le tissus local », précise le responsable.

       

      Comme ses concurrents Bibovino, Les Domaines qui Montent ou V And B, Cavavin recrute des « épicuriens », mais insiste surtout sur « le sens du commerce et du relationnel«  dont doivent être dotés ses candidats. « Nous cherchons par ailleurs des partenaires en capacité de gérer des points de vente de plus en plus grands », précise Michel Bourel, PDG de l’enseigne, par ailleurs Président de la FFF depuis 2016.

      Enfin si, chez les chocolatiers, Jeff de Bruges recherche bien des entrepreneurs ayant la « passion du produit », et Pascal Caffet des entrepreneurs « passionnés par le chocolat, la pâtisserie, et la gastronomie en général », les deux enseignes venaient, au moment de notre enquête sur le sujet, de faire franchisés respectivement… un ex-responsable marketing et un ex-chargé de grands comptes.

      Les franchises de restauration sont peu sensibles aux talents culinaires des candidats

      Et c’est sans parler des franchises de restauration, qui, à de très rares exceptions près (dont l’enseigne de sandwiches et salades gastronomiques Pegast, qui plébiscite les profils de « passionnés de cuisine« ), n’accorde que très peu, voire aucun crédit à l’appétence de ses candidats pour la bonne chère. Tout juste y évoque-t-on une certaine « sensibilité » au monde culinaire. « Nous recherchons des partenaires qui savent gérer l’argent et les hommes, car un restaurant à l’enseigne est déjà une petite PME, réalisant 1 à 2 millions d’euros de chiffre d’affaires et employant 12 à 15 salariés », confirme prosaïquement Christophe Mauxion, directeur général de La Boucherie.

       

       

      « Les franchiseurs sont de plus en plus attentifs à ce que la formation initiale qu’ils dispensent permette au franchisé d’être à l’aise rapidement, quel qu’ait été son parcours. Et de mieux en mieux outillés pour y parvenir. Pour autant, le candidat ne doit pas tout attendre de sa formation. Lui arrive avec ses compétences, ses qualités et, en effet, son intérêt pour le produit. C’est la conjonction de tout cela qui fera sa réussite », explique Rose-Marie Moins (FFF).

      La spécialiste encourage en conséquence les candidats à certes réfléchir à l’activité vers laquelle les portent naturellement leurs goûts. Mais non sans avoir parallèlement mené leur auto bilan de compétences. « Qu’est-ce-que mes expériences précédentes m’ont appris ? Pour quoi suis-je doué ? Suis-je meilleur dans l’écoute ou le conseil ? Dans les relations humaines ou dans la gestion ? Est-ce que, finalement, mes qualités peuvent être mises à profit dans ce métier qui m’attire ? », doit selon elle s’interroger tout entrepreneur.

      « Est-ce que mon expérience et mes qualités peuvent être mises à profit dans ce métier qui m’attire ? », doit s’interroger tout candidat.

      Catherine Dubois a rejoint L’Appart Fitness Franchise-Appart-Fitnessen 2010 car elle était férue de sport, mais aussi et surtout comme un prolongement logique à sa carrière d’éducatrice puis de directrice sportive. Et si sa passion pour la course à pieds lui a donné l’idée d’organiser des sorties outdoor qui rencontrent un vif succès auprès de ses adhérents, c’est avant tout grâce à son expérience, du management et de l’événementiel, qu’elle a su développer son activité (ses deux salles de sport iséroises réalisent aujourd’hui entre 800 et 1 million d’euros de chiffre d’affaires chacune), au point de remporter un titre de Meilleur franchisé de France en 2014. « Il faut trouver où placer le curseur entre passion et raison », résume Rose-Marie Moins.

       

      La spécialiste pointe un autre risque pour le candidat passionné : celui de la désillusion. « Pratiquer une activité comme hobby n’a rien à voir avec la pratiquer comme métier. Les aspects les moins agréables, occultés tant que l’on est dans le loisir, peuvent prendre le dessus, entraînant décalage, déception voire une désillusion pouvant aboutir à l’échec pur et simple du projet », souligne-t-elle.

      Journées découverte et stages d’immersion sont des étapes primordiales

      Est-il nécessaire de rappeler que le caviste ne discute pas de vin toute la journée ? Que le chocolat peut être écœurant et que les fleurs ne sont plus si glamour quand faut se lever à l’aube pour aller les acheter? Qu’un passionné de course automobile sera bien loin de l’ambiance Grand Prix lorsqu’il s’agira de conseiller à Mme Durand de changer les plaquettes de frein de sa citadine ? « D’où l’importance de démystifier le métier qui vous intéresse en visitant des points de vente, de rencontrer des franchisés, de participer à des journées de découverte ou à des stages d’immersion », insiste la directrice de la Promotion et de la Professionnalisation à la FFF.

      Il convient aussi de rappeler que de très belles réussites s’observent parmi les franchisés qui avaient certes de l’attrait mais point de passion pour le métier qu’ils ont choisi d’exercer. Soit qu’ils aient su s’entourer des bons collaborateurs dès le départ, soit qu’ils aient appris, sur le tas, à l’aimer et à bien le faire. Céline Plattier était consciente que ses connaissances du produit et de son marché étaient modestes quand elle a rejoint l’enseigne Carrément Fleurs, il y a dix ans. Une inexpérience qu’elle cumulait alors à son jeune âge (moins de 30 ans), « un profil peu rassurant pour les banques« , convient-elle. Pourtant l’une d’elles la suivit, et grand bien lui en prit puisqu’en 2013, la franchisée ouvrait un deuxième magasin, qui rapidement a affiché la meilleure progression de chiffre d’affaires du réseau. « Oui, le franchiseur apporte son savoir-faire. Mais il ne fait pas tout ! Pour réussir, il faut travailler. Beaucoup travailler », rappelle la commerçante. Sans doute le meilleur conseil à donner à tous ceux qui, passionnés ou pas, envisagent de sauter le pas de la création d’entreprise en franchise.