« L’objectif, c’est de faire grandir les réseaux Dessange en Europe et à l’international, et Camille Albane en France et en Europe. »
Vous venez d’être nommée Directrice générale du groupe Dessange : quelles sont vos priorités pour vos enseignes de coiffure ?
Ma première priorité, c’était d’aller à la rencontre d’un métier nouveau pour moi, puisque j’arrive d’un secteur totalement différent : celui de la mode. Mais je suis cliente Dessange depuis 35 ans, donc je connaissais bien la maison Dessange et les produits Phytodess que j’utilise depuis plus de 20 ans. Mais il était important pour moi, avant de définir mes priorités, d’aller à la rencontré des franchisés, des produits, et des problématiques de tous les collaborateurs.
Près de six mois après ma nomination, je commence à y voir plus clair et à écrire la feuille de route pour les trois années à venir. Je suis une femme de marques, donc la première ligne directrice que je me suis donnée, c’est de remettre les projecteurs sur les trois marques que nous dirigeons.

La première marque historique étant bien sûr Dessange, en la positionnant vraiment sur la haute coiffure et le développement à l’international, sachant qu’elle est déjà présente dans plus de 35 pays ; et cette femme « blonde, balayage, rive droite », qui a fait le succès de M. Dessange depuis 1954. M. Dessange a aussi eu la bonne idée d’associer la marque au cinéma depuis 1958 avec le festival de Cannes. Mais il ne faut pas oublier qu’au démarrage, il était très proche de la maison Dior et qu’il coiffait les présentations Dior. Donc tout naturellement, en arrivant de la mode, il me semble légitime d’ouvrir un peu le champ des possibles, puisque Dessange est une marque de beauté globale pour la chevelure, la peau, le maquillage, mais aussi demain l’outfit. Donc pourquoi ne pas coiffer les défilés de la Fashion Week ? Cela fait partie de nos objectifs afin de remettre le lumière sur la femme Dessange autour du cinéma, de la mode et de la beauté globale.
Camille Albane est une marque un peu plus jeune avec des attributs qui lui sont propres, notamment le cheveu bouclé et la couleur, puisque la fondatrice avait les cheveux bouclés et était rousse. Or le marché s’oriente de plus en plus vers le cheveu texturé, ce qui correspond à notre modèle historique. Si je fais un parallèle avec la femme Dessange, la femme Camille Albane est « rive gauche », plus mainstream, un peu plus « mode », plus ouverte sur le monde aussi. Donc nous adaptons les codes de communication de Camille Albane qui seront différents de Dessange, car Camille Albane est une marque beaucoup plus communautaire, avec probablement plus d’influence, et du développement produit un peu plus axé sur le cheveu bouclé, la couleur, le cheveu texturé…
L’objectif, c’est de faire grandir ces deux réseaux : Dessange en Europe et à l’international, et Camille Albane en France et en Europe.
La troisième marque que l’on pilote, Fantastic Sam, est une marque « entry-price » (premier prix), présente aux Etats-Unis avec un peu plus de 500 salons, sur un modèle économique un différent de celui de Dessange et Camille Albane. En effet, les franchisés Fantastic Sam sont plutôt des investisseurs que des coiffeurs, alors que sur nos marques françaises et européennes, nous défendons vraiment l’art de la coiffure.
Quelles sont vos autres priorités pour le groupe ?

Après la remise en lumière de nos trois marques, le deuxième axe de notre feuille de route, c’est de remettre la coiffure au cœur du débat, comme un art. Nous sommes convaincus que le côté marketing et le côté financier ne remplaceront pas le métier du coiffeur, c’est pourquoi nous mettons vraiment l’accent sur la formation de nos coiffeurs. Notamment au sein de notre Académie, située 51 rue du Rocher à Paris et renommée internationalement, qui forme tous les coiffeurs Dessange et Camille Albane. Nous mettons beaucoup de cœur et d’énergie à redorer le blason du métier de coiffeur, de coloriste, qui a probablement été un peu sous-estimé pendant de longues années. Aujourd’hui, en raison de l’IA qui dévalorise un peu les métiers de tête, les métiers manuels refont surface et c’est une chance pour nous. Comme les réseaux sociaux, qui mettent aussi en lumière tout ce qu’un coiffeur peut faire pour mettre en valeur la beauté de la femme et de l’homme.
Ma troisième priorité, c’est le développement. Au sein de l’entreprise, nous avons des dispositifs pour aider nos coiffeurs, qui ont été formés à la gestion et au management dans notre Académie, à reprendre des salons ou à acheter des salons et à développer la marque en France, mais aussi à l’étranger. En effet, des coiffeurs français ont ouvert des salons aux Etats-Unis, notamment sous la marque Dessange à Houston et Austin, et potentiellement demain dans une ville emblématique des Etats-Unis.
Une des grandes forces de cette marque, c’est l’héritage. Nous avons assez peu de turnover parmi les franchisés à la tête de leur salons, mais aussi au siège, où nous avons des équipes extrêmement fidèles qui pour certaines sont là depuis M. Dessange. Une de mes missions, c’est de transmettre cet héritage auprès de nos franchisés et de nos collaborateurs, et de continuer à faire vivre ce que M. Dessange a créé.
Enfin, ma quatrième priorité, c’est bien sûr l’innovation produit, puisque nous sommes aujourd’hui une des seules marques à avoir sa propre coloration. Nous développons nos propres produits hair care et skin care dans notre usine certifiée Iso 9001 en Bretagne, ce qui est assez exceptionnel. En tant que première marque haut de gamme de la beauté globale, nous nous devons de développer sans arrêt de nouveaux produits et nous essayons d’innover très régulièrement, aussi bien sur le cheveu que sur le skin care.
Où en est le développement en franchise de vos enseignes et quels sont vos objectifs pour les années qui viennent ?
Globalement, 98 % de nos salons sont exploités en franchise. Soit 500 salons Fantastic Sam aux Etats-Unis, 290 salons Dessange en Europe, dont 185 en France, et 180 salons Camille Albane, dont quelques-uns en Europe : au Luxembourg et en Suisse.

Nous n’avons pas un objectif chiffré en termes de développement, plutôt un objectif de représentativité de la marque sur un pays. Dessange est assez bien répartie en Europe, mais sur Camille Albane, il y a encore du chemin à faire. Nous avions besoin de clarifier le positionnement de Camille Albane avant de la redévelopper. Nous avons opté pour une formule de concept store, où la cliente vient se faire coiffer et mettre en beauté, mais aussi passer un bon moment et acheter des produits. Ayant clarifié ce positionnement, nous sommes en train de le développer : nous venons d’ouvrir un salon Camille Albane à Davézieux, et nous avons ouvert à Dax il y a à peu près un mois et demi. Jusqu’à la fin de l’année 2026, nous prévoyons quatre ouvertures sous enseigne Camille Albane et huit sous enseigne Dessange. Nous venons d’ouvrir à Munich le mois dernier, et nous avons d’autres ouvertures prévues aux Etats-Unis et au Canada.
Au-delà du développement, nous avons un taux de reprise assez important : souvent, les collaborateurs de nos franchisés qui sont là depuis des années, qui ont suivi M. Dessange, reprennent le flambeau et reprennent les salons, cela témoigne de l’esprit familial de l’entreprise. C’est un indicateur important de la santé d’une marque et d’un groupe d’avoir des collaborateurs qui reprennent les salons : entre 25 et 30 salons sont ainsi transmis chaque année.
Quels profils de franchisé(e)s recherchez-vous en priorité ?
En Europe, nous recherchons vraiment un profil de coiffeur, en privilégiant l’art de la coiffure, parce qu’il y a quand même un certain niveau de gamme dans nos deux marques. Sauf si un investisseur se présente en reprenant une équipe coiffeurs aguerris et formés chez Dessange. Nous privilégions d’abord l’héritage et ensuite, des profils coiffeur/investisseur.
Pour ouvrir un salon, le budget précis dépend du fonds de commerce et d’autres facteurs, mais la mise aux normes du concept Dessange représente environ 2 000 € par m² contre 1 500 € par m² pour Camille Albane.
Beaucoup de franchisés ont plus d’un salon : cela montre qu’ils croient au modèle économique. De plus, ils croient souvent aux deux marques : certains n’ont que des salons Dessange, mais la plupart ont aussi des salons Camille Albane. D’ailleurs, à l’origine, M. Dessange avait créé la marque Camille Albane pour donner un seconde option à ses franchisés Dessange.