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    Génie du franchiseur ou pathologie ?

    Tribune publiée le 21 septembre 2016 par François PELTIER 
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    “Le monde de la franchise révèle des franchiseurs de talent, mais il a aussi ses génies”, affirme l’auteur, consultant en développement de réseaux. Pour qui “il serait dommage que le génie du franchiseur se retourne contre lui”.

    L’inertie de l’humanité n’a guère cédé qu’aux poussées du génie.” (Bergson)

    Il faut croire que l’art et la science se sont emparés du génie. S’ils partagent le talent avec le reste de l’humanité (le sport, la vie professionnelle, la politique peut-être … ou tout simplement la vie humaine dans sa simplicité), l’art et la science se réserveraient le génie pour eux tout seuls.

    Le talent, c’est pratiquer une discipline, exercer une activité commune à beaucoup, mais de façon supérieure. Nos études typologiques sur des personnes réputées pour leurs talents (sport, entreprise…) révèlent d’ailleurs le lien de causalité entre persévérance et talent : travail foncier, voire répétitif, avec une certaine obsession à l’excellence, encore plus présente lorsqu’elle s’accompagne paradoxalement d’un certain doute, d’un certain manque de confiance en soi. En somme, toute personne pourrait devenir talentueuse, dans les limites de ses dispositions naturelles.

    Einstein, Léonard de Vinci, Beethoven, Rimbaud…

    Le génie découle davantage d’une certaine “difformité organique” propice, parfois, à des désordres psychiques, souvent à des inspirations totalement hors normes. Les études de la Robert-Wood-Johnson-Medical-School sur le cerveau d’Einstein mettent par exemple en évidence “une anatomie unique” : “Les cortex préfrontal, somato-sensoriel, pariétal, temporal et occipital du cerveau d’Einstein sont extraordinaires. (…) Ceux-ci peuvent avoir fourni les fondements neurologiques de certaines de ses aptitudes visuelles, spatiales et mathématiques, par exemple” (Dean Falk). On retrouverait sans doute ces aptitudes extraordinaires, chez des artistes consacrés génies : Léonard de Vinci, Camille Claudel, Dostoïevski, Nietzsche, Beethoven, Rimbaud ou tant d’autres … et l’on reprendra avec intérêt les travaux du célèbre psychiatre et philosophe allemand, Karl Jaspers, sur la simultanéité des pics créatifs et des pics de “fragilité” chez Van Gogh, Strinberg et Hölderlin.

    …”le monde de la franchise a aussi ses génies” !

    Le monde de la franchise révèle des franchiseurs de talent, les plus nombreux sans doute et les mieux à même d’entrer dans les logiques de “duplicabilité” et de “transmissibilité”, servies par leur rigueur et donc par leurs talents. Les talents de concevoir, gérer, développer, organiser, animer, déléguer, communiquer, transmettre…

    Mais le monde de la franchise a aussi ses génies. Leur “difformité organique” peut s’exprimer à travers une puissance imaginative et intuitive, un sens de la vision, une réactivité et une anticipation hors-normes… Plusieurs concepts d’hier et d’aujourd’hui, totalement novateurs, sont issus des fulgurances du génie. Certains ont connu un développement exemplaire et historique ; il serait aisé d’en dresser la liste. D’autres brillent un temps, puis végètent puis disparaissent en raison même du génie créatif de leur fondateur, lorsque ce génie, cette “difformité organique”, s’accompagnait d’identification obsessionnelle et d’extrême solitude, d’attitudes asociales voire paranoïaques, d’angoisses profondes et d’instabilités, d’un rapport au temps inconciliable avec la structuration des équipes et des organisations. Il serait aussi aisé d’en dresser la liste.

    Pourtant, ces échecs et ces souffrances du génie ne sont pas inéluctables à qui sait discerner et s’ouvrir, en parler, demander conseil, rencontrer, confronter, se laisser compléter. Il serait dommage que le génie du franchiseur se retourne contre lui ; or la pathologie du génie, c’est surtout l’isolement.