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    La franchise n’est pas un péché

    Tribune publiée le 10 juin 2013 par Jean BEAUDOIN 
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    Dans une chronique parue ce week-end dans Le Figaro, la journaliste Natacha Polony s’est montrée critique à l’égard de la franchise, responsable, selon elle, de l’uniformisation des centres-villes et de la destruction d’un certain savoir-faire. Le consultant spécialisé Jean Beaudoin rappelle que ce système est aussi facteur d’avancées sociales et économiques.

    Dans le journal Le Figaro des 8 et 9 juin 2013, Natacha Polony conduit une réflexion sur le développement des chaînes de franchise et leur impact sur l’environnement commercial et environnemental de nos cités (voir la vidéo de sa chronique). Son analyse, fondée sur deux aspects, sociologique d’une part et économique et culturel d’autre part, est d’une grande justesse et on peut y adhérer à cent pour cent.

    Voyageant récemment en Grande-Bretagne, je me suis désolé de n’avoir pas retrouvé dans Oxford Street toutes les boutiques qui faisaient le charme désuet du shopping à Londres. Et cela peut se répéter à Barcelone, Rome ou Cologne. De même, le visiteur ou le touriste ne sera plus dépaysé dans la découverte des rues commerçantes des villes de par le monde. Allons plus loin, bientôt tout le monde aura la même coupe de cheveux, les mêmes vêtements, mangera partout la même chose… et chacun aura la certitude d’avoir perdu son originalité et son histoire.

    Cette réflexion laisse une large part à l’affect et à une nostalgie que les circonstances politico-économiques nous obligent à reconsidérer car l’évolution de la société mondiale risque de nous conduire un peu plus encore vers la perte de nos racines culturelles et de nos identités. Voyons cependant en quoi la franchise est toutefois facteur d’avancées sociales et économiques.

    Le savoir-faire transmissible : clé de la réussite

    Les métiers auxquels il est fait allusion dans la chronique sont des métiers de bouche (boulangerie, restauration…) qui nécessitent un véritable apprentissage et une compétence acquise tant par les études – de deux à quatre ans – que par l’expérience. Or, comme l’écrit la chroniqueuse, “une formation défaillante ne donne plus aux travailleurs l’indépendance que seul garantit un savoir-faire rigoureux”.

    Nous sommes là au cœur de la problématique ; qu’est-ce que la franchise ? Pour faire simple, c’est la réitération d’une réussite probante fondée sur la mise à disposition d’une marque et d’un savoir-faire transmissible. Tout est dit ! La marque, l’enseigne, c’est le signe de ralliement d’un réseau qui donne confiance à la fois au commerçant et au client potentiel. Le savoir-faire transmissible, c’est la clé de la réussite.

    Afin de permettre à un futur vendeur de pain ou restaurateur de ne pas empoisonner ses clients, on va lui expliquer comment préparer et commercialiser les produits auxquels il aura donné la dernière touche de finition (cuisson, présentation, emballage…) selon des normes imposées respectant les règles d’hygiène et de nutrition. Le franchiseur se devra d’exercer les contrôles nécessaires à la réputation du réseau et à la protection des différents acteurs économiques (du fournisseur au client final).

    Une démarche “industrielle” qui dynamise des métiers

    Le succès des pâtissiers et des confiseurs de renom se fait aussi grâce à la franchise. Chacun sait que les chocolats de Jeff de Bruges, les pains de Paul ne sont pas fabriqués dans l’arrière-boutique et que la variété et l’assortiment sont le fruit d’une démarche industrielle, d’une logistique avancée et d’un marketing puissant qu’un artisan, aussi talentueux soit-il, ne peut guère s’offrir.

    Mais la franchise c’est aussi l’ouverture vers de nouveaux métiers qui vont bénéficier de la standardisation des méthodes et des règles ; ces secteurs gisent dans plus d’une centaine de professions : les prestations de services aux personnes, aux entreprises, la distribution de produits manufacturés, le transport, le courtage de travaux, les réseaux d’agences immobilières, la réparation automobile, l’optique…, etc. Autant de secteurs où le développement est fondé sur un accompagnement du franchisé pour chercher et trouver un emplacement, obtenir un financement raisonnable, préparer son prévisionnel d’exploitation, être formé assez rapidement pour démarrer son activité suffisamment vite.

    La franchise, créatrice d’emploi et de valeur

    Dans les dix dernières années près de mille nouveaux réseaux ont vu le jour en France, tant en franchise qu’en concession ou en commission-affiliation. A ce jour ils réunissent près de 106 000 points de vente, emploient 1 330 000 personnes et réalisent 182 milliards d’euros de chiffre d’affaires (2). Les prévisions d’ouverture de points de vente pour 2013 portant sur les dix premiers segments d’activité représentent plus de 2 600 sites (3), vraisemblablement à deux personnes en moyenne…

    En comparaison des statistiques ci-dessus, quel secteur économique peut en dire autant ? La franchise est en mesure d’offrir un emploi à des milliers de jeunes dans les activités de tourisme, d’accueil en hôtellerie, restauration… indispensables au développement de la première destination touristique du monde, à des milliers de mécaniciens spécialisés en électronique embarquée pour diagnostiquer et entretenir nos véhicules de plus en plus sophistiqués…

    Faisons confiance à l’initiative de nos concitoyens pour trouver la voie de la réussite professionnelle dans des créneaux faisant appel à leur initiative en se mettant à leur compte et leur talent pour s’adapter rapidement à un nouveau métier, car tout le monde n’a pas forcément le désir de devenir fonctionnaire, employé administratif ou cadre salarié.

    La franchise n’est peut-être pas une vertu, mais elle n’est pas un péché.

    (2) Source Franchise Magazine n° 236 – juin-juillet 2013
    (3) Source Franchise Magazine n° 234 – février-mars 2013