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    Alexandra Bouthelier, déléguée générale de la FCA - Interview du 24 janvier 2008

    Les enseignes du commerce associé sont favorables à l’abrogation des lois Royer et Raffarin.

    Comment accueillez-vous le rapport Attali, en particulier les propositions qu’il contient concernant le commerce ?
    C’est un bon rapport. Il contient tous les ingrédients pour permettre au commerce de continuer à prospérer et à se développer dans de bonnes conditions. Maintenant, il faut regarder entre les lignes… Par exemple libéraliser totalement les relations fournisseurs-distributeurs, pourquoi pas, mais sans aller jusqu’à la suppression du seuil de revente à perte. Car cela risque de fragiliser inutilement les différentes formes de commerce, qui ont besoin de cette référence pour bâtir l’ensemble de leur politique commerciale. Si l’on supprime ce seuil, les soldes n’ont plus de raison d’être. Or les distributeurs s’en servent pour réguler leur offre et les consommateurs sont attachés à leur aspect festif. De plus, les commerçants ne peuvent pas s’amuser à vendre à perte très longtemps. Ce n’est donc pas une mesure qui peut faire baisser les prix de façon durable.
    Si vous n’approuvez pas la proposition consistant à supprimer le seuil de revente à perte, êtes-vous en accord sur l’ouverture dominicale ?
    Nous sommes agréablement surpris, puisque la Commission Attali est, en effet, revenue en arrière sur ce point. Initialement favorable à une libéralisation totale, elle propose désormais de permettre aux magasins d’ouvrir “plus largement” le dimanche. On revient à ce que le monde du commerce préconisait, toutes formules confondues, et c’est une bonne nouvelle. Le rapport reste toutefois dans le flou. Et ne dit rien par exemple du système complexe d’autorisations et de dérogations multiples, dont la remise en cause est souhaitée, là encore, unanimement par les intéressés. Visiblement, la commission a botté en touche sur le sujet.

    Approuvez-vous l’abrogation préconisée des lois Royer et Raffarin ?
    Oui. D’abord parce qu’elles ont eu un effet pervers par la création de survaleurs. Les mètres carrés étant extrêmement chers, les points de vente de nos indépendants se sont vus très convoités, voire attaqués, par d’autres formes de commerce prêts à consacrer des sommes très importantes pour les acquérir, ce qui aurait pu considérablement fragiliser nos réseaux s’ils ne s’étaient pas organisés pour y faire face. C’est donc une très bonne chose de mettre fin à cette situation.
    Et ce n’est pas pour autant que les mètres carrés vont se multiplier du jour au lendemain. La France est déjà bien équipée en grandes surfaces. Et puis les sociétés ont des comptes d’exploitation à tenir : si des ouvertures auront peut-être lieu ici ou là, elles ne vont pas proliférer de façon inconsidérée. Le seul risque, c’est peut-être l’apparition de nouveaux magasins de hard discount, qui ont la double réponse de la proximité et du prix, surtout si le seuil d’autorisation passe de 300 à 600 ou 800 m² comme on l’entend dire actuellement.
    Vous ne craignez donc pas, contrairement à la fédération Procos, par exemple, la prolifération des m² ni un déséquilibre en défaveur des enseignes de centre-ville ?
    Non. Nous n’avons pas cette crainte et nos adhérents non plus. Le centre-ville peut vivre s’il est bien animé, s’il y a un cinéma etc. Et tandis que certains de nos adhérents se déplacent en périphérie (dans la puériculture par exemple) pour répondre à la demande des consommateurs (qui veulent un assortiment plus large, donc de plus grandes surfaces), d’autres concepts reviennent vers le centre. Une réorganisation s’opère. Enfin, beaucoup d’élus ne souhaiteront pas créer de nouvelles zones en périphérie… Les éléments de régulation (le marché lui-même surtout) sont suffisants.

    La commission Attali préconise de raccourcir les délais de paiement en faveur des PME avec un maximum à 30 jours : y êtes-vous également favorables ?
    Représentant des PME, notre fédération ne peut qu’abonder dans ce sens. Attention cependant. La notion de rotation des stocks doit être prise en compte. Pour les produits frais, elle est de 20 jours. Pour d’autres produits (non-alimentaires par exemple), où la rotation est plus longue, elle doit être adaptée et, selon nous, ne pas descendre au-dessous de 60 jours. Sauf à vouloir causer des problèmes de trésorerie aux PME de la distribution… Avec les répercussions que l’on imagine sur les prix.