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    Claire Beauvais, secrétaire générale de la Fédération des magasins de bricolage - Interview du 25 avril 2008

    Nous réclamons la possibilité de l'ouverture dominicale pour les enseignes qui l'ont expérimentée et validée.

    Pourquoi réclamez-vous l’adoption urgente d’une proposition de loi autorisant l’ouverture des enseignes de bricolage le dimanche ?
    La question de l’ouverture dominicale des magasins, notamment de bricolage, n’est pas nouvelle. Elle revient régulièrement sur la table, et pour cause, puisque la législation qui s’y rapporte est vieille de plus de 100 ans, donc déphasée par rapport à l’évolution des comportements. Nous montons au créneau aujourd’hui parce que la situation est devenue intenable. Certaines enseignes que nous représentons [Castorama, Leroy Merlin, NDLR] ont été récemment condamnées à payer des astreintes colossales, jusqu’à 410 000 euros par dimanche travaillé pour l’une d’elles ! Elles ne tiendront pas longtemps à ce rythme. Or, elles ne peuvent pas renoncer à l’ouverture dominicale. D’autant moins que cette dernière a été légalisée pour les jardineries et les enseignes de meubles, leurs concurrentes directes sur certains produits. En Île-de-France, comme dans d’autres zones très urbanisées, les magasins de bricolage réalisent 20 à 25 % de leur chiffre d’affaires le dimanche. Les clients ne peuvent ni ne veulent aller dans ces points de vente un autre jour. Une réforme s’impose donc, sans quoi le secteur pourrait être contraint à environ 2 800 suppressions d’emploi et à une baisse de rémunération de 10 à 20 % pour 8 000 de ses collaborateurs.

    Vous appelez plus précisément à deux changements importants. Pouvez-vous nous expliquer lesquels ?
    Nos revendications n’ont rien de révolutionnaire. Je dirais même qu’elles sont plutôt conservatrices, comparées à ce qui se fait dans la pratique. Nous ne réclamons pas la possibilité de l’ouverture dominicale pour tous les magasins de bricolage, mais uniquement pour ceux qui l’ont expérimentée, en accord avec leurs collaborateurs et la jugent nécessaire. Cela concerne prioritairement les grandes enseignes, implantées dans des régions à forte concentration urbaine. C’est pourquoi nous appelons à l’adoption, en urgence, de la proposition de loi Richard Mallié, qui suggère que soient instaurées par les préfets de l’Île-de-France et de Paca, des “zones d’attractivité commerciale exceptionnelle” où se pratiquerait l’ouverture dominicale. Ce texte ne résout pas tout, il posera ainsi certainement le problème de savoir où placer les frontières de ces sites, mais il a le mérite de commencer à faire évoluer la situation. Nous demandons, par ailleurs, pour les magasins installés hors de ces zones, et notamment les indépendants, l’augmentation de 5 à 12 par an, du nombre de dimanches pouvant être exceptionnellement travaillés. Cela, bien entendu, avec les contreparties sociales adaptées.

    Votre Fédération s’est aussi mobilisée contre la réduction des délais de paiement envisagée par la loi de modernisation de l’économie…

    En effet. Et ce, parce qu’elle pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les enseignes de bricolage. Il faut bien comprendre que nous sommes sur un marché de l’offre, qui nécessite des stocks importants, dont la vitesse de rotation peut aller jusqu’à 180 jours. Ces stocks ont un coût supporté, d’une part par un paiement à 90 jours en moyenne, et d’autre part par le recours à l’emprunt bancaire pour les entreprises indépendantes et aux fonds propres pour les grandes entreprises. Ramener les délais de paiement à 60, voire à 30 jours, serait insupportable pour les indépendants. Il ne leur resterait alors que deux solutions. Réclamer davantage de facilités auprès des banques, mais l’on estime que 30 % d’entre eux n’obtiendraient pas la trésorerie nécessaire et devraient fermer. Ou modifier leur modèle pour adopter une offre beaucoup plus standardisée et, ce, alors même que la richesse du marché du bricolage réside précisément dans la diversité de son offre ! Autant les laisser se tirer une balle dans le pied. D’ailleurs, les fournisseurs eux-mêmes sont conscients de cette problématique. C’est pourquoi, comme nous, ils adhèrent à la dernière version de la LME, ouvrant la possibilité d’accords interprofessionnels, permettant de déroger à la réduction des délais. Elle ne prévoit cette possibilité que pour une durée de deux ans, et ne fait finalement que repousser le problème. Mais ralentit tout de même la chute du couperet.

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